Introduction
Chaque hivernage, le même scénario se répète à Dakar : de fortes pluies s’abattent sur la capitale, des rues se retrouvent sous l’eau, des quartiers deviennent difficiles d’accès et des familles voient leur quotidien bouleversé. L’hivernage 2026 n’a pas échappé à cette réalité, avec des épisodes pluvieux particulièrement intenses ayant provoqué des inondations dans plusieurs localités.
Mais si la pluie déclenche ces événements, suffit-elle à expliquer leur ampleur ? Pourquoi certains quartiers se retrouvent-ils inondés après quelques heures de précipitations, tandis que d’autres semblent mieux résister ? Et quel rôle jouent les déchets que l’on retrouve dans les rues et les caniveaux ?
Pour comprendre les inondations à Dakar, il faut regarder au-delà des précipitations. Entre les caractéristiques naturelles du territoire, l’expansion urbaine, les insuffisances des réseaux d’assainissement et la gestion des déchets, plusieurs facteurs se combinent et aggravent les effets des pluies.
Comprendre ces mécanismes est essentiel pour identifier des solutions durables. Car si l’on ne peut pas empêcher la pluie de tomber, il est possible d’agir sur la manière dont l’eau circule, s’infiltre et est évacuée dans la ville.
Le constat chiffré : des pluies intenses et des populations exposées
Les chiffres clés
- 142 mm de pluie à Rufisque en 24 heures, le 4 octobre 2026
- 65,4 mm à Dakar-Yoff en seulement deux heures, soit 65,4 litres d’eau par mètre carré
- 3ᵉ plus fort cumul journalier enregistré à Yoff depuis 1981
- 22 % de la population sénégalaise vit sur 0,28 % du territoire, dans la région de Dakar
- 20 décès et 8 336 sinistrés au Sénégal lors de l’hivernage 2025
Les inondations à Dakar ne constituent pas un phénomène nouveau. Plusieurs épisodes pluvieux ont marqué ces dernières décennies, mettant à l’épreuve les infrastructures et affectant les conditions de vie des habitants. Les événements récents permettent de mesurer plus concrètement l’ampleur du problème.
Le 4 octobre 2026, de fortes précipitations ont touché Dakar et sa périphérie. Selon les relevés de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM), 142 mm de pluie ont été enregistrés à Rufisque en 24 heures, contre 137,5 mm à la station de Dakar-Yoff. D’autres stations ont également relevé des cumuls importants, notamment à Ngor, Keur Massar et Guédiawaye. [1]
L’intensité de cet épisode mérite une attention particulière. À Dakar-Yoff, 65,4 mm de pluie sont tombés entre 17 h et 19 h, soit près de la moitié du cumul journalier. Pour mieux se représenter cette quantité, un millimètre de pluie correspond à un litre d’eau par mètre carré. En deux heures, chaque mètre carré a donc reçu l’équivalent de 65,4 litres d’eau. À l’échelle d’un quartier, ces volumes représentent une quantité considérable que les sols et les réseaux de drainage doivent absorber ou évacuer.
D’après les données de l’ANACIM rapportées le 8 octobre 2026, les 137,5 mm mesurés à Dakar-Yoff constituent le troisième plus fort cumul journalier enregistré à cette station depuis 1981. Seuls les épisodes du 26 août 2012, avec 160,8 mm, et du 7 septembre 1996, avec 144,1 mm, ont été plus importants. Il s’agit également du plus fort cumul journalier enregistré en octobre à Yoff depuis 1946. [1]
Ces événements ne sont pas isolés. Le 5 septembre 2020, un épisode pluvieux majeur avait déjà provoqué d’importantes inondations dans la région de Dakar. Une étude scientifique publiée en 2024 dans la revue Frontiers in Water rapporte des cumuls journaliers de 93 mm à Dakar-Yoff et de 108 mm à Guédiawaye pour la période de mesure se terminant le 6 septembre au matin. L’étude indique que les inondations avaient touché environ 7 270 personnes et entraîné le déplacement de 3 285 personnes. [2]
Les conséquences humaines rappellent que les inondations constituent un enjeu majeur de sécurité publique. En décembre 2025, le bilan national présenté par le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement faisait état de 20 décès et de 8 336 sinistrés pour l’ensemble du Sénégal. Les dégâts concernaient également les routes, les ponts, les établissements et les terres agricoles. Ces chiffres ne concernent pas uniquement Dakar, mais donnent une idée de l’impact de ces événements à l’échelle du pays. [3]
La concentration de la population constitue un autre élément important. Selon les résultats du cinquième Recensement général de la population et de l’habitat, la région de Dakar rassemble environ 22 % de la population nationale sur seulement 0,28 % du territoire sénégalais. Cette concentration renforce les enjeux d’aménagement : lorsqu’une zone densément peuplée est inondée, les conséquences peuvent toucher simultanément les logements, les routes, les commerces et les équipements collectifs. [4]
La configuration naturelle du territoire joue également un rôle. Dakar présente des secteurs bas, des cuvettes et des dépressions interdunaires, notamment dans l’ensemble géomorphologique des Niayes. Ces espaces peuvent recueillir temporairement les eaux de ruissellement. Dans certaines zones, la proximité de la nappe phréatique limite les possibilités d’infiltration lorsque le sous-sol est déjà saturé. La remontée de l’eau souterraine peut alors contribuer aux inondations, parfois même lorsque les précipitations ont cessé. Ces mécanismes varient toutefois selon les quartiers et les caractéristiques du sous-sol. [5][6]
Ces chiffres et ces caractéristiques territoriales conduisent à une question essentielle : pourquoi certaines pluies provoquent-elles des inondations aussi importantes dans certains quartiers ? La quantité d’eau tombée est une partie de la réponse, mais elle ne suffit pas à expliquer les différences observées. Il faut également examiner l’évolution de l’urbanisation, l’état des réseaux d’évacuation et la gestion des déchets.
Inondations : les causes
Le Sénégal fait face à des épisodes d’inondation récurrents depuis les années 1990-2000. Mais l’eau n’arrive pas par hasard, et elle ne reste pas par hasard non plus. Entre familles déplacées, routes impraticables et quartiers sous l’eau, plusieurs facteurs contribuent à ces catastrophes, parfois meurtrières pour l’Homme
Causes naturelles : la pluviométrie
La région sahélienne a toujours connu une alternance de périodes humides et sèches (Maley, 1973 ; Nicholson, 1978 et 1998). Le Sénégal, situé dans cette région, a lui aussi connu plusieurs épisodes de sécheresse au cours du XXᵉ siècle, mais l’étude de Sène et Ozer décrit plus précisément une grande sécheresse qui débute en 1968, puis un regain des précipitations à partir de 1999, avec des cumuls supérieurs à la normale 1961-1990. [7]
Dans leur étude sur l’évolution de la pluviométrie et les inondations au Sénégal, Souleymane Sène et Pierre Ozer (2002) ont analysé les anomalies pluviométriques sur plusieurs décennies. Ils mettent notamment en évidence un écart de plus de 320 mm entre les années cinquante et les années quatre-vingts. On observe également un contraste marqué entre les périodes précédant et suivant 1970. [7]
En 2026, jusqu’à 142 mm de pluie ont été mesurés en 24 heures à Rufisque, dans la région de Dakar. D’autres localités ont également enregistré de fortes précipitations. De telles quantités d’eau peuvent dépasser les capacités d’évacuation des réseaux, entraînant une accumulation d’eau et une hausse de son niveau dans les secteurs concernés. [1]
Mais les inondations s’expliquent-elles uniquement par l’abondance des pluies ? La quantité de précipitations reçue sur une année suffit-elle à expliquer pourquoi certains quartiers sont plus touchés que d’autres ?
Causes anthropiques
L’Homme joue également un rôle important dans les inondations à travers les choix qu’il fait en matière d’aménagement et d’occupation du territoire. Entre urbanisation dans les zones basses, occupation des exutoires et des bassins de rétention, sols imperméabilisés, déchets qui bouchent les caniveaux : chaque décision d’aménagement a réduit un peu plus la capacité du territoire à évacuer l’eau. Les paragraphes suivants montrent comment les choix d’aménagement peuvent aggraver le risque d’inondation et ses conséquences pour les populations.
Une urbanisation incontrôlée
Ces dernières années ont été marquées par une forte croissance démographique, qui s’est accompagnée d’une occupation parfois anarchique des zones à risque. Entre les cités résidentielles et les habitations construites près des côtes ou des cours d’eau, plusieurs facteurs peuvent favoriser des catastrophes, notamment les inondations. Étant donné que les zones urbaines sont particulièrement touchées, nous nous focaliserons sur le cas de Dakar.
Au Sénégal, la population urbaine est passée de 416 000 habitants (17,2 % de la population) en 1950 à 5,825 millions (45 %) en 2013 (ANSD, 2014). À Dakar, la population est passée d’environ 400 000 habitants dans les années 1970 à 3,2 millions en 2016, tandis que 5 millions d’habitants étaient attendus en 2025. [4]
Dans sa publication sur la dynamique des territoires et le développement, le professeur Cheikh Samba Wade s’est également intéressé à l’évolution de l’artificialisation des espaces entre 1999 et 2016. Il indique que 78,85 % des communes étudiées tendent vers une artificialisation.
Les lotissements irréguliers, les ventes de parcelles sans contrôle et les régularisations a posteriori ont contribué à cette situation. Les espaces qui auraient dû rester libres pour permettre l’évacuation des eaux ont progressivement été occupés, comme on peut le constater dans plusieurs secteurs de Dakar. La Zone de Captage, à Grand-Yoff, en est un exemple. Historiquement liée à la gestion des eaux pluviales, cette zone a été progressivement urbanisée et a connu d’importantes inondations en 2026.
Les travaux de Ndour et al. (2020), fondés sur des images satellitaires, décrivent une progression de l’artificialisation dans la région de Dakar, notamment au détriment des espaces agricoles et de la végétation [8].
Ainsi, avec le développement des activités humaines et l’extension de l’urbanisation, des zones qui n’étaient pas initialement destinées à l’habitation sont progressivement occupées, ce qui peut entraver l’écoulement de l’eau.
Réseau de drainage et de canalisations
Les inondations sont souvent aggravées par l’insuffisance des infrastructures d’évacuation des eaux pluviales. Le réseau d’assainissement pluvial de l’agglomération n’a pas suivi la croissance démographique et spatiale de la capitale. Avec la croissance démographique et l’urbanisation accrue, les réseaux d’évacuation n’ont pas toujours été adaptés ou renouvelés au rythme de l’expansion urbaine. Selon la page officielle de l’ONAS, 4 123 140 abonnés sont indiqués comme desservis à l’échelle nationale. [9]
Le territoire national compte environ 380 km de réseaux de drainage des eaux pluviales, selon la donnée citée [9]. Face à cette situation, des bassins de rétention ont été aménagés dans plusieurs régions. Cependant, lorsque les volumes d’eau dépassent leur capacité de stockage, ces bassins peuvent déborder et l’eau risque alors de se diriger vers les habitations.
Les habitants peuvent contribuer à l’obstruction des canaux lorsqu’ils y jettent des déchets. Toutefois, la responsabilité ne peut pas leur être imputée à eux seuls : l’état des ouvrages, l’organisation de la collecte et leur entretien comptent également. Beaucoup d’actes d’incivisme sont notés, notamment les jets d’ordures plastiques et l’ensablement.
Imperméabilité des sols
L’imperméabilisation des sols constitue l’une des principales causes humaines de l’aggravation des inondations à Dakar, comme dans de nombreuses autres villes. En effet, lorsque les surfaces sont imperméabilisées, une plus grande part de l’eau de pluie ruisselle au lieu de s’infiltrer dans le sol. Elle peut alors s’accumuler dans les cuvettes et contribuer aux inondations. Ce phénomène est directement lié à l’urbanisation. Avec l’extension des bâtiments, des routes et des espaces pavés, les surfaces permettant à l’eau de s’infiltrer dans le sol se réduisent. Lorsque ces aménagements ne sont pas accompagnés de structures d’assainissement adaptées, l’eau ruisselle davantage et peut s’accumuler dans les zones basses.
Selon les informations publiées par PROMOVILLES, l’État sénégalais a financé ce programme à hauteur de 75 milliards de FCFA pour un linéaire de 103 km de voiries, comprenant notamment le drainage des eaux pluviales, l’éclairage public et les aménagements paysagers. Cependant, la réalisation de voiries ne garantit pas, à elle seule, une évacuation efficace : celle-ci dépend aussi de la continuité du drainage, du dimensionnement des ouvrages et de leur entretien. Dans un article publié le 22 juillet 2022, EnQuête+ rapporte qu’Oumar Guèye, alors porte-parole du gouvernement, reconnaissait que les ouvrages pouvaient être dépassés par des pluies d’une certaine intensité [10] :
« Évidemment, à un certain niveau de pluie, je ne dis pas qu’il n’y aura pas d’inondations, mais même les ouvrages qui sont chargés de drainer ces eaux vont disparaître. Nous souhaitons ne pas arriver à ce niveau de pluie, mais ce sont des phénomènes naturels. Le gouvernement est en train de prendre les dispositions qu’il faut à travers le ministère de l’Eau et de l’Assainissement, pour atténuer les effets de ces inondations à Dakar et dans d’autres régions »
Oumar Guèye, alors porte-parole du gouvernement (EnQuête+, 22 juillet 2022)
Les déchets : un facteur aggravant des inondations
Parmi les facteurs qui aggravent les inondations, la gestion des déchets occupe une place importante. Dans une ville où les pluies peuvent être très intenses sur une courte période, les déchets abandonnés dans les rues peuvent rapidement rejoindre les caniveaux, les regards et les conduites d’évacuation.
Le mécanisme est simple : les déchets s’accumulent, les passages se rétrécissent et l’eau circule plus difficilement. Lorsque les précipitations augmentent, le réseau peut perdre une partie de sa capacité d’évacuation. L’eau s’accumule alors dans les rues ou déborde vers les habitations. Les déchets ne provoquent pas à eux seuls toutes les inondations, mais ils peuvent en aggraver les conséquences, notamment lorsque les infrastructures sont déjà insuffisantes ou saturées.
Ce phénomène a été évoqué lors du webinaire du Club des Géosciences consacré aux inondations et aux déchets. François Ndione, intervenant de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS), a notamment souligné l’accumulation de déchets solides et de sable dans les réseaux d’assainissement et les regards. Même lorsque des campagnes de curage sont organisées avant l’hivernage, ces dépôts peuvent réapparaître et réduire l’efficacité des ouvrages [11].
Le sable mérite une attention particulière. Les eaux de ruissellement transportent des particules et des sédiments qui peuvent se déposer dans les canalisations. À terme, cette accumulation réduit la section disponible pour l’écoulement. L’entretien des réseaux ne consiste donc pas uniquement à retirer les plastiques : il doit aussi prendre en compte l’ensablement, les dépôts solides et l’état général des ouvrages.
Une collecte importante, mais des difficultés persistantes
Lors du webinaire, Abdou Dieng, représentant de la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED), a indiqué que Dakar bénéficiait d’un taux de collecte estimé à 95 %. Il a également présenté un total de 1 408 115 tonnes de déchets acheminées à la décharge de Mbeubeuss en 2024. Ces chiffres sont attribués ici à la présentation de M. Abdou Dieng lors du webinaire du Club des Géosciences.
Ces chiffres montrent néanmoins que la collecte constitue une activité de grande ampleur et que le problème ne se résume pas à l’absence de services de ramassage. Même lorsqu’un système de collecte fonctionne, des déchets peuvent rester dans les rues ou les espaces qui ne sont pas correctement desservis. Les ruptures dans la chaîne de précollecte, l’insuffisance des points de dépôt et les difficultés d’accès à certains quartiers peuvent favoriser les dépôts sauvages. Pendant les inondations, ces difficultés sont encore plus marquées : les véhicules ne peuvent pas toujours accéder aux secteurs submergés pour collecter les déchets.
Les plastiques souples, comme les sachets et les films d’emballage, sont particulièrement problématiques. Légers et facilement transportés par le vent ou les eaux de ruissellement, ils peuvent s’accrocher aux grilles et s’accumuler à l’entrée des canalisations. Leur présence risque alors de réduire la capacité d’évacuation au moment où les réseaux sont le plus sollicités.
Les conséquences ne se limitent pas aux inondations. Une mauvaise gestion des déchets contribue aussi à la dégradation des milieux naturels et à la pollution des eaux. Lorsque l’eau stagne longtemps dans les quartiers, les risques sanitaires s’ajoutent aux difficultés de déplacement et aux pertes matérielles.
Il serait toutefois réducteur d’expliquer le problème uniquement par les comportements individuels. Les dépôts dans les caniveaux ont leur part de responsabilité, mais ils s’inscrivent dans un système plus large : disponibilité des bacs, organisation de la collecte, accessibilité des quartiers, entretien des caniveaux et coordination entre les institutions.
Au cours du webinaire, plusieurs intervenants ont ainsi insisté sur la nécessité d’une collaboration plus étroite entre l’ONAS, la SONAGED, les municipalités et les organismes chargés des infrastructures routières. Nettoyer les caniveaux avant l’hivernage est nécessaire, mais cela ne suffit pas si les dépôts reprennent dès les premières pluies. La lutte contre les inondations doit donc associer l’entretien des infrastructures à une meilleure gestion des déchets.
Solutions
Face à des causes en partie liées aux activités humaines, la lutte contre les inondations repose sur plusieurs mesures complémentaires. L’État a déjà engagé différentes actions, tandis que d’autres sont encore en cours de mise en œuvre. Mais les mesures prises par l’État suffisent-elles, à elles seules, à limiter durablement les inondations ?
Assainissement moderne et drainage des eaux
Il s’agit d’étendre les réseaux de drainage existants, d’améliorer leurs connexions et d’assurer leur entretien régulier. L’entretien de ces ouvrages ne doit donc pas se limiter aux semaines qui précèdent l’hivernage : il doit être régulier et préventif. Depuis plusieurs années, l’État mène, à travers l’ONAS, des actions visant à limiter les inondations. Parmi les missions de cette structure figure l’extension de l’accès à des solutions d’assainissement adaptées dans les zones non raccordées, selon une approche de proximité et d’inclusion territoriale. L’ONAS indique avoir réalisé 2 606,5 km de réseaux d’assainissement.
Le Sénégal pourrait également renforcer la récupération des eaux pluviales afin de les réutiliser dans d’autres domaines, notamment l’agriculture, lorsque les conditions techniques et la qualité de l’eau le permettent. Encourager les innovations dans ce domaine serait donc une démarche intéressante.
Rétablir les zones tampons
Les zones tampons jouent un rôle central dans la régulation des eaux pluviales à Dakar. Il s’agit d’espaces, comme les Niayes, les dépressions interdunaires, les bassins de rétention et les espaces libres perméables, qui amortissent les écoulements en stockant temporairement l’eau, en favorisant son infiltration et en ralentissant son transfert vers l’aval. Il faut donc éviter toute nouvelle urbanisation dans les cuvettes les plus exposées et préserver ces espaces comme zones de stockage temporaire des eaux. Cette précaution permet de limiter l’exposition des populations et de conserver davantage de marge pour planifier les réseaux de drainage.
Conclusion
Les inondations à Dakar ne peuvent pas être expliquées par la seule quantité de pluie tombée. Les précipitations intenses constituent un facteur déclencheur important, mais leurs conséquences dépendent également de la topographie, de la proximité de la nappe phréatique dans certains secteurs, de l’urbanisation, de l’imperméabilisation des sols et de la capacité des infrastructures à évacuer l’eau.
Les déchets jouent eux aussi un rôle dans cette situation. Lorsqu’ils s’accumulent dans les caniveaux et les canalisations, ils peuvent gêner l’écoulement des eaux et aggraver les débordements. Mais les considérer comme les seuls responsables serait une erreur : les inondations résultent de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement.
Les échanges du webinaire organisé par le Club des Géosciences ont rappelé la nécessité d’une approche intégrée, associant l’assainissement, la gestion des déchets, la planification urbaine, la cartographie des risques et la participation des populations. Aucun de ces leviers ne peut, à lui seul, résoudre durablement le problème.
La question n’est donc pas seulement de savoir comment évacuer l’eau lorsque la pluie tombe. Il faut aussi réfléchir à la manière dont Dakar se développe, à la place laissée aux zones naturelles de stockage et d’infiltration, à l’entretien des réseaux et à l’organisation de la collecte des déchets.
La pluie n’est pas coupable : elle fait partie du fonctionnement naturel du climat. Le véritable enjeu est de construire une ville capable de mieux composer avec elle.
Sources
[1] ANACIM / SENTV. « 137 mm à Dakar-Yoff : les pluies du 4 octobre parmi les plus fortes depuis 1981 ». Données pluviométriques rapportées le 8 octobre 2026. Consulter la source
[2] Diedhiou, S. et al. (2024). « Extreme rainfall in Dakar (Senegal): a case study for September 5, 2020 ». Frontiers in Water, volume 6, article 1439404. Consulter la source
[3] Seneweb (17 décembre 2025). « Décès, sinistrés, récoltes détruites… : le bilan macabre des inondations de 2025 », à partir des informations communiquées par le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Consulter la source
[4] Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Cinquième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5), résultats de la région de Dakar. Consulter la source
[5] SEPIA / EGIS / GRET. Projet d’aménagement hydraulique, paysager et urbain du bassin de rétention des eaux pluviales de la Zone de Captage, commune de Grand-Yoff, Dakar : rapport d’étude. Consulter la source
[6] Diene, M. M. et al. (2026). « Using urban nitrate-rich groundwater for peri-urban irrigation in Dakar, Senegal: an evaluation of water quality concerns ». Frontiers in Water, 8, publié le 3 septembre 2026. Consulter la source
[7] SENE, Souleymane et OZER, Pierre (2002). « Évolution pluviométrique et relation inondations – événements pluvieux au Sénégal ». Bulletin de la Société Géographique de Liège, 42, p. 27-33. Consulter la source
[8] NDOUR, Mouhamadou Moustapha Mbacké; NDONKY, Alphousseyni; SARR, Cheikh Ahmed Tidiane; NDIAYE, Mapathé (2020). « Dynamiques de l’occupation du sol 1986-2016 et géoprospective de l’évolution urbaine de la région de Dakar (Sénégal) à l’horizon 2035 ». Revue de géographie du laboratoire Leïdi, « Dynamiques des territoires et développement ». Consulter la source
[9] Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS). Page officielle « À propos » : indicateurs de réseaux d’assainissement et abonnés desservis. Consultée le 27 octobre 2026. Consulter la source
[10] EnQuête+ (22 juillet 2022, 17 h 25). « Programmes de lutte contre les inondations : Limites et insuffisances d’une politique gouvernementale submersible ». Consulter la source
[11] Club des Géosciences de l’UAM. Résumé du webinaire consacré aux inondations et aux déchets


Un commentaire
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